jeudi 6 novembre 2008

Visite à Tibériade




Le mercredi est jour de promenade et de visite pour les postulants de notre abbaye. Cette fois nous sommes allés rendre visite à la Fraternité de Tibériade à Lavaux-Ste-Anne. Cette communauté d'inspiration franciscaine a un rayonnement important, non seulement en Belgique, mais aussi à l'étranger. Une vingtaine de frères et soeurs y vivent une vie de pauvreté et de simplicité qui interpelle.

Nous ne nous étions pas annoncés. Mais nous sommes tombés par hasard sur le Frère Marc, le fondateur de la communauté, qui nous a guidé en clôture à la découverte des lieux : le fournil, le potager, l'atelier de menuiserie, ... Ensuite, autour d'une tasse de café, nous avons pu partager sur nos vies réciproques.

A cette occasion j'ai eu la joie de revoir un ami qui est membre de cette fraternité. Cela fait déjà six ans qu'il y est entré et il vient de faire ses voeux solennels en octobre. Nous nous connaissons depuis 16 ans. A l'époque je donnais un coup de main à l'animation des adolescents aux sessions de Paray-le-Monial. Je m'étais lié d'amitié avec son frère aîné qui, il y a une dizaine d'année, est entré chez les Frères de Bethleem.

La simplicité de vie de la Fraternité de Tibériade nous ramène à l'essentiel, nous qui sommes peut-être encombrés de beaucoup de choses, nous qui n'avons peut-être besoin de rien ni de Dieu parce que nous ne manquons de rien, nous qui n'accueillons peut-être pas bien Dieu et ses dons parce que notre coeur est rempli de nous mêmes et d'une multitude de choses.

Curieusement en rentrant le soir , je trouve le commentaire de Samuel qui nous parle de la pauvreté et qui cite la phrase de saint François : "Mon Dieu est mon tout". J'ai trouvé cette allusion à la phrase de François amusante. C'est la devise que j'ai choisie lors d'une retraite il y a une quinzaine d'années. Ce n'est pas spécialement ce que je vis au jour le jour, je suis loin de cette perfection là. Mais c'est un peu le programme de ma vie.
Il est commode pour échapper à la solitude et à l'incompréhension, de descendre dans l'arène, d'utiliser des moyens riches, de saisir l'être humain par le dehors plus que par le dedans, de devenir l'ami de tout le monde. Un apôtre qui se met à construire est perdu. La Sorge, le souci, le tiendra debout. Ses problèmes intérieurs seront liquidés. C'est ainsi qu'il arrive que l'homme de Dieu devienne financier, bâtisseur, administrateur. Finalement, on en peut arriver à un étrange univers de l'apparence. On compte les écoles, les cinémas, les cliniques, les journaux, sans même
s'apercevoir que l'on a édifié un monde clos qiu a durci ses frontières et qui nonseulement ne pénètre pas la masse mais qui, par toute une part de lui-même, élève des murs, se défend avec l'acharnement des installations de ce monde. Le moyen est devenu l'obstacle, le levain est emprisonné dans la carapace des oeuvres.
Les murs, les pierres, les institutions, pour nécessaires qu'elles soient, n'apportent pas, par elles-mêmes, le salut. Le salut va de l'âme à l'âme.
Les principes (et les oeuvres) en eux-mêmes n'ont jamais sauvé personne. Il faut que le levain consente à être le levain, que le grain consente à pourrir.
Dans l'ordre spirituel, la force pétrifie.
Jean Sullivan.

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