

Après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. (Psaume 62)
Je crois en effet fermement que vous savez que le royaume des cieux n'est promis et donné par le Seigneur qu'aux pauvres, parce que par l'attachement aux choses temporelles se perd le fruit de l'amour.
Claire d'Assise, Première lettre à la Bienheureuse Agnès de Prague.
Et je compte mes caisses. Malgré le tri que j'ai opéré, malgré les dons que j'ai fait ici ou là, malgré que je n'emporte que la moitié de mes livres, je vois les caisses se remplir et s'empiler. Et j'ai honte...
Voici un extrait de l'homélie prononcée par le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, lors de l'ordination épiscopale de deux évêques auxiliaires le 5 septembre dernier. Il revient sur la mission de l'évêque comme ministère de communion. A la veille de la visite apostolique du Pape Benoît XVI en France, c'est une invitation à élargir notre regard à la dimension de l'Eglise.Le ministère de l’évêque ne se définit pas d’abord comme une fonction de gouvernement et d’administration. Elle est avant tout un ministère de communion entre les communautés chrétiennes et d’ouverture de ces communautés à la dimension universelle de l’Église. Ce ministère de communion demande de notre part une résolution ferme d’exhorter les catholiques et de les encourager pour qu’ils ne se laissent pas enfermer dans le seul souci de la vie de leur communauté particulière. Cet appel à la communion universelle dans la charité n’est pas forcément toujours bien reçu ni bien compris, parce que l’orientation missionnaire de la vie de l’Église suppose une conversion permanente aux dimensions infinies de l’amour de Dieu pour les hommes.
Cet engagement dans la mission du Christ nous entraîne à partager plus étroitement la vie du Seigneur Jésus-Christ et à connaître avec lui les tribulations de la mission. «Le serviteur n’est pas au-dessus du Maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront, vous aussi. » Cet avertissement prophétique du Christ à ses disciples ne peut pas être pris seulement comme une figure de style. Il s’est vraiment réalisé pour les Apôtres auxquels il s’adressait. Il se réalise aussi pour nous. L’Évangile que nous annonçons ne peut pas ne pas être un « signe de contradiction » et nous devons cesser d’imaginer que son annonce puisse nous faire accueillir favorablement par tout le monde.
Nous remettre en face de cette « étrangeté » de l’Évangile ne doit certes pas devenir un moyen commode d’expliquer, -moins encore de justifier-, nos erreurs ou les aspérités de nos manières de faire. Elle ne nous incite pas à construire de notre propre fait les incompréhensions et les ruptures. Elle ne fait pas de nous des « accusateurs publics » qui se prendraient pour des prophètes. Il ne s’agit pas ici des procédés d’un meilleur « management » ou d’un meilleur « marketing ». Il s’agit de la découverte que nous faisons dans notre propre vie : l’Évangile, pour nous aussi, - pour nous, d’abord-, est un signe de contradiction qui nous appelle à notre propre conversion. Devenir témoins de l’Évangile, « être toujours prêts à justifier notre espérance devant ceux qui nous en demandent compte », c’est avant tout nous laisser évangéliser nous-mêmes et laisser la lumière de la Parole éclairer nos vies et fortifier notre confiance en Celui qui nous envoie.
"Parlez haut, que j'entende. L'oreille de mon coeur est devant vous, Seigneur; ouvrez-la, et «dites à mon âme: Je suis ton salut.» Que je coure après cette voix, et que je m'attache à vous! Ne me voilez pas votre face. Que je meure pour la voir! Que je meure pour vivre de sa vue!"
Saint Augustin, Les Confessions.
Nous voici dans le désert. Voyez la soif qui torture le psalmiste. Quelle est la vraie soif ? "Soif de toi". Il en est qui ont soif, mais non pas de Dieu. Celui qui cherche à posséder quelque chose, brûle de désir. Le désir est la soif du coeur. Voyez tous les désirs qui tourmentent le coeur des hommes : l'or, l'argent, les terres, les honneurs. Tous ces désirs tiraillent nos coeurs de chair. Tous les hommes brûlent de désirs, à peine s'en trouve-t-il un qui dise : "Mon âme a soif de toi !"
La soif dévore les hommes en ce monde, et ils ne comprennent pas qu'ils se trouvent dans un désert où c'est de Dieu que leur âme a soif. Disons donc, nous : "Mon âme a soif de toi." Que ce soit le cri de nous tous, car unis au Christ nous ne faisons qu'une seule âme. Puisse notre âme être altérée de Dieu !
Il n'existe pas de stabilité dans les âges de la vie. Partout la fatigue, partout la lassitude, partout la corruption. Les yeux fixés sur la résurrection dont Dieu nous donne l'espérance, au milieu de toutes les carences qui nous accablent, monte en nous la soif de la vie incorruptible. Ainsi, de bien des manières, notre chair a soif de Dieu.
Dans cette Idumée, dans ce désert, plus nous souffrons et plus nous avons soif, plus nous nous fatiguons, et plus nous avons soif d'une incorruptibilité, au delà de toute fatigue.
Saint Augustin, sur le Psaume 62